Guide du dirigeant

Plan de trésorerie prévisionnel : structure, méthode et modèle pour PME

Un plan de trésorerie prévisionnel projette, semaine par semaine ou mois par mois, les encaissements et les décaissements de l’entreprise pour anticiper son solde bancaire. Il ne mesure pas la rentabilité mais la capacité à payer : une PME rentable peut manquer de trésorerie. Deux horizons se complètent : 13 semaines pour piloter la liquidité, 12 mois pour préparer les décisions et les financements.

Mis à jour le 9 min de lecture

Qu’est-ce qu’un plan de trésorerie prévisionnel ?

Le plan de trésorerie part du solde bancaire actuel, ajoute les entrées d’argent prévues, retire les sorties prévues, et calcule le solde de fin de chaque période. Il raisonne en flux réels de trésorerie, à la date où l’argent bouge, et non à la date de facturation comme le compte de résultat.

Compte de résultat prévisionnelPlan de trésorerie prévisionnel
QuestionGagnons-nous de l’argent ?Pourrons-nous payer à chaque échéance ?
Date retenueDate de la facture (produits et charges)Date d’encaissement ou de paiement
MontantsHors taxesToutes taxes comprises, TVA reversée incluse
ContientAmortissements, provisionsEmprunts, remboursements, apports, investissements, TVA
Horizon typeExercice comptable13 semaines et 12 mois glissants

L’écart entre les deux s’explique largement par le besoin en fonds de roulement : le temps qui sépare le moment où vous payez vos fournisseurs et vos salariés de celui où vos clients vous paient.

La structure d’un plan de trésorerie

Quel que soit l’outil, un plan de trésorerie suit la même architecture, en lignes, avec une colonne par période.

1. Trésorerie de début de période

Le solde de tous les comptes bancaires à la date de départ, rapproché du relevé. Chaque période suivante démarre avec le solde de fin de la précédente.

2. Encaissements

  • Règlements clients TTC, ventilés selon les délais de paiement réellement observés.
  • Acomptes clients à la commande.
  • Subventions, remboursements de crédit de TVA, crédits d’impôt attendus.
  • Apports en capital, comptes courants d’associés, déblocages d’emprunts.
  • Cessions d’actifs.

3. Décaissements

  • Fournisseurs et sous-traitants TTC, selon les conditions de paiement négociées.
  • Salaires nets et charges sociales, aux dates réelles de prélèvement.
  • Loyers, assurances, abonnements, énergie.
  • TVA à reverser, impôts et taxes, selon votre régime et votre calendrier fiscal.
  • Échéances d’emprunts (capital et intérêts), crédit-bail.
  • Investissements.
  • Dividendes et remboursements de comptes courants.

4. Solde et trésorerie de fin de période

Flux net = encaissements - décaissements. Trésorerie de fin = trésorerie de début + flux net. C’est cette dernière ligne, comparée à votre seuil d’alerte, qui déclenche les décisions.

Échéances fiscales et sociales

Les dates et la périodicité de la TVA, de l’impôt sur les sociétés et des cotisations sociales dépendent de votre régime et de votre effectif. Faites-les valider par votre expert-comptable et consultez economie.gouv.fr ou service-public.fr pour les règles générales.

13 semaines ou 12 mois : quel horizon choisir ?

Les deux. Ils ne répondent pas à la même question.

Prévision à 13 semainesPlan à 12 mois
MailleSemaineMois
ObjectifPiloter la liquidité au jour le jour, éviter le découvertPréparer les décisions : recrutement, investissement, financement
BaseFactures émises et reçues, échéancier connuBudget, hypothèses de croissance et de délais de paiement
Mise à jourChaque semaineChaque mois, ou lors d’un événement majeur
Précision attendueÉlevée sur les 4 premières semainesOrdre de grandeur, plusieurs scénarios
UtilisateurDirigeant, responsable financierDirigeant, associés, banquier

Treize semaines correspondent à un trimestre : assez court pour s’appuyer sur des données presque certaines (factures en cours, paies, échéances), assez long pour voir arriver une tension et agir. Le plan à 12 mois, lui, se construit à partir du budget et gagne à être décliné en scénarios : voir notre guide de simulation financière par scénarios.

Intégrer le besoin en fonds de roulement

Le BFR est la principale source d’erreur des plans de trésorerie. Il se résume ainsi : stocks + créances clients - dettes fournisseurs. Plus vos clients paient tard et plus vous stockez, plus votre croissance consomme de trésorerie.

Exemple illustratif : une PME facture 100 000 € HT par mois, soit 120 000 € TTC, et ses clients paient en moyenne à 60 jours. Si elle passe à 120 000 € HT par mois, ses encaissements ne progressent qu’au troisième mois, alors que les achats et les salaires supplémentaires sont payés dès le premier. La croissance crée un creux de trésorerie temporaire, parfaitement prévisible si les délais réels sont intégrés au plan.

  • Utilisez les délais observés, pas les délais contractuels : la balance âgée clients indique quand vos clients paient vraiment.
  • Décalez chaque vente à sa date d’encaissement probable, client par client pour les plus gros, en moyenne pour les autres.
  • Faites de même pour les fournisseurs, en respectant les délais convenus et le cadre légal applicable.
  • Suivez le délai moyen de paiement clients chaque mois : sa formule figure dans notre guide des indicateurs clés de PME.

Construire son plan de trésorerie en 7 étapes

  1. Partir du solde bancaire réel, rapproché au jour de départ, tous comptes confondus.
  2. Lister les encaissements certains : factures émises non encore réglées, à leur date probable de paiement.
  3. Lister les décaissements certains : factures fournisseurs reçues, paies, charges sociales, loyers, échéances d’emprunts, TVA due.
  4. Ajouter les flux prévisionnels : ventes futures selon le pipeline ou le budget, achats associés, recrutements prévus.
  5. Isoler les flux exceptionnels : investissement, versement d’une subvention, dividende, remboursement d’un compte courant. Ils pèsent lourd et se décalent souvent.
  6. Fixer un seuil d’alerte, par exemple l’équivalent d’un mois de charges fixes, et repérer la première période où le solde le franchit.
  7. Comparer chaque semaine le prévu au réel, corriger les hypothèses et prolonger l’horizon d’une semaine.

Le solde de trésorerie projeté a toute sa place parmi les indicateurs de votre tableau de bord de dirigeant, et l’écart entre prévu et réel se commente comme un écart budgétaire : voir le guide du suivi budget réel.

Exemple : prévision à 13 semaines et leviers d’action

Exemple illustratif, chiffres fictifs : une PME de 15 salariés démarre le trimestre avec 180 000 € en banque. Extrait des six premières semaines, en milliers d’euros.

SemaineS1S2S3S4S5S6
Trésorerie début180196171165112133
Encaissements clients423538404436
Autres encaissements0000180
Fournisseurs-14-12-16-11-15-13
Salaires et charges sociales0-400-620-40
Loyer, frais fixes-12-3-3-3-12-3
TVA et impôts00-25000
Emprunt0-5000-5
Investissement000-17-140
Trésorerie fin196171165112133108

Avec un seuil d’alerte fixé à 120 000 €, le dirigeant voit dès aujourd’hui un premier passage sous le seuil en semaine 4, puis en semaine 6. Il dispose de trois semaines pour agir : relancer les encours échus, étaler l’investissement, ou négocier une ligne de crédit court terme avant d’en avoir besoin.

Que faire quand le plan annonce une tension ?

L’intérêt du plan est de voir la tension plusieurs semaines à l’avance. Classez les leviers selon leur délai d’effet et leur coût :

LevierDélai d’effetPoints de vigilance
Relance des encours clients échusQuelques jours à quelques semainesPrioriser les plus gros montants et les plus anciens
Acomptes à la commandeSur les nouvelles commandesÀ négocier dans les conditions commerciales
Décalage d’un investissement ou d’un recrutementImmédiatMesurer l’effet sur l’activité future
Échelonnement avec un fournisseurQuelques joursNégocier avant l’échéance, pas après
Ligne de crédit court terme, affacturageQuelques semainesCoût financier ; à mettre en place avant d’en avoir besoin
Délais auprès des administrationsVariableSe renseigner auprès des organismes concernés et de votre expert-comptable

Une tension récurrente signale souvent un problème de fond : marge insuffisante, BFR qui dérive, croissance trop rapide pour les fonds propres. Elle relève alors du pilotage de la performance et de la cartographie des risques plus que de la gestion de trésorerie.

Modèle de plan de trésorerie à reprendre

Dans un tableur, une colonne par semaine (13) ou par mois (12), et ces lignes :

BlocLignes
OuvertureTrésorerie de début de période
Encaissements d’exploitationClients ; acomptes ; autres produits
Encaissements hors exploitationEmprunts débloqués ; apports ; subventions ; cessions
Décaissements d’exploitationFournisseurs ; sous-traitance ; salaires nets ; charges sociales ; loyers et frais fixes ; marketing ; TVA reversée ; impôts et taxes
Décaissements hors exploitationInvestissements ; remboursements d’emprunts ; dividendes ; comptes courants
ClôtureFlux net ; trésorerie de fin ; seuil d’alerte ; écart au seuil
SuiviRéel de la période ; écart prévu/réel ; commentaire

Checklist hebdomadaire : solde de départ rapproché ; factures de la semaine passée réconciliées ; nouvelles factures ajoutées ; gros encaissements confirmés auprès des clients ; horizon prolongé d’une semaine ; première semaine sous le seuil identifiée.

Les erreurs fréquentes

  • Confondre chiffre d’affaires et encaissements. Une vente de mars payée à 60 jours entre en trésorerie en mai.
  • Oublier la TVA. Vous encaissez TTC et reversez la TVA collectée nette de la TVA déductible ; les deux flux doivent figurer dans le plan.
  • Lisser les charges. Les salaires, les charges sociales et les échéances fiscales tombent à des dates précises ; les répartir uniformément masque les creux.
  • Être optimiste sur les encaissements et prudent sur rien. Retardez plutôt les encaissements incertains d’une ou deux semaines.
  • Ne jamais comparer le prévu au réel. C’est la seule façon d’améliorer la qualité des prévisions.
  • Négocier un financement trop tard. Une banque prête plus volontiers sur un plan qui anticipe un besoin que sur un découvert déjà constaté.

Avec Pilot

Le module trésorerie et simulateur de Pilot construit une prévision glissante sur 13 semaines : trésorerie de départ, encaissements hebdomadaires et leur croissance, charges variables, masse salariale, frais fixes et budget publicitaire, plus des écritures ponctuelles (une échéance de TVA, un gros paiement client). Vous fixez un seuil de trésorerie basse et voyez la semaine où il serait franchi. Le simulateur teste ensuite l’effet d’un recrutement ou d’une hausse de prix selon trois scénarios.

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Questions fréquentes

Comment faire un plan de trésorerie prévisionnel ?

Partez du solde bancaire réel, listez les encaissements et décaissements certains à leur date effective, ajoutez les flux prévisionnels issus du budget, puis calculez le solde de fin de chaque période. Fixez un seuil d’alerte et mettez le plan à jour chaque semaine en le comparant au réel.

Quelle différence entre plan de trésorerie et budget ?

Le budget prévoit les produits et les charges hors taxes, à la date de facturation, pour mesurer la rentabilité. Le plan de trésorerie prévoit les flux d’argent toutes taxes comprises, à la date de paiement, pour vérifier la capacité à faire face aux échéances. Il intègre aussi les emprunts, les investissements et la TVA.

Pourquoi une prévision de trésorerie sur 13 semaines ?

Treize semaines couvrent un trimestre : la plupart des flux sont déjà connus (factures, paies, échéances), donc la prévision est fiable, et l’horizon laisse assez de temps pour agir avant une tension. Elle complète le plan mensuel à 12 mois, plus adapté aux décisions de moyen terme.

Faut-il raisonner HT ou TTC dans un plan de trésorerie ?

TTC, car ce sont les montants réellement encaissés et payés. La TVA collectée et la TVA déductible apparaissent ensuite dans la ligne de TVA à reverser, à la date de l’échéance déclarative.

Quel seuil d’alerte de trésorerie fixer ?

Il n’existe pas de norme. Une convention courante consiste à retenir l’équivalent d’un à trois mois de charges fixes, selon la régularité des encaissements et l’accès au crédit court terme. L’essentiel est de le fixer à l’avance et de décider d’une action dès que la projection le franchit.

À quelle fréquence mettre à jour son plan de trésorerie ?

Chaque semaine pour la prévision à 13 semaines, en remplaçant la semaine écoulée par le réel et en ajoutant une semaine à l’horizon. Chaque mois pour le plan à 12 mois, ou immédiatement après un événement important.

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